À propos du véritable Learjet
Première version d'un Learjet 24 en vol. (NASA) |
Jusqu'aux années 1960, les gens d'affaires se déplaçaient dans des avions à hélice. Ces aéronefs étaient généralement d'anciens bombardiers et transporteurs légers issus de la Seconde Guerre mondiale. Bien que ceux-ci étaient des versions modifiées beaucoup plus performantes que les modèles originaux, à mesure que les lignes aériennes adoptaient les nouveaux turbopropulseurs, les exécutifs et entrepreneurs considéraient de plus en plus le vol commercial pour sauver du temps et voyager confortablement dans un environnement pressurisé.
Bill Lear vit dans ce non-sens une occasion d'affaires et en fit une mission personnelle : offrir aux patrons d'entreprise américains un réacteur privé. En tant qu'entrepreneur, Lear fournissait déjà des machines de guerre converties en limousines volantes. Par conséquent il connaissait bien les désirs de sa clientèle. Selon lui, rien de moins qu'un jet de hautes performances serait acceptable.
Le fils de Lear, qui travaillait en Suisse à l'époque, découvrit dans ce pays un projet d'avion de chasse qui semblait une bonne base pour développer le nouvel avion de son père. Nommé le P-16, le chasseur suisse ferait l'affaire. Lear fonda donc la Swiss American Aircraft Corporation (SAAC) et se mit au travail. Le nouvel avion Lear aurait pour nom le SAAC-23.
Après une courte lune de miel, le perfectionnisme et l'obsession des ingénieurs suisses pour les menus détails ne cadraient plus avec la vision d'affaires plus pragmatique de Lear, qui décida de rompre les liens avec eux et déménager son opération à Wichita, au Kansas. Après des mois de travail acharné, la petite entreprise vit enfin le fruit de ses efforts et fut récompensée le 15 septembre 1963 lorsque N-801L, le premier Lear Jet Modèle 23, décolla de l'aéroport de Wichita pour un vol inaugural sans faille.
Bien que le nouvel appareil semblait disposé à envahir un marché enthousiaste, la Lear Jet Corporation éprouvait alors de difficultés avec ses liquidités. Lear décida donc d'amener son entreprise en bourse afin de lever les fonds nécessaires à son développement. Les actions furent cotées publiquement en novembre 1964.
Pendant les années qui suivirent, quelques malheureux accidents donnèrent au Lear Jet la réputation d'un avion difficile à piloter. Les enquêtes conclurent que l'entraînement des pilotes était insuffisant pour un avion aussi performant. Plus inquiétant encore, les enquêtes montraient également du doigt un manque de redondance pour certains systèmes critiques de l'appareil. La réponse vint avec le Modèle 24, qui bien que similaire au 23, possédait des systèmes calqués sur ceux des avions de ligne. Combiné avec de nouveaux programmes d'entraînement pour les pilotes, l'avion permettait maintenant un vol en toute sécurité peu importe les conditions météo.
En 1966, le marché exigeait une capacité de cabine accrue. La réponse de Lear fut le Modèle 25, une version allongée du Modèle 24 avec une rangée de sièges supplémentaire. Le Modèle 25 connaîtra encore plus de succès et demeure à ce jour un des avions civils les plus élégants de l'histoire. 1966 fut également l'année où un Modèle 23 effectua un vol autour du monde en battant tous les records.
De tels succès aéronautiques ne suffirent pas à pallier au manque de liquidités chronique de l'entreprise qui se résigna à être achetée par la Gates Rubber Company en 1967. Grâce à ce solide appui financier, l'entreprise maintenant connue sous l'appellation Gates LearJet Corporation continua à développer la Série 20 (dont s'inspire le présent module d'extension pour FSX) et plus tard, la Série 30. Les avions gagnèrent en luxe, performance et qualité et faisaient l'envie de tous les pilotes.
Le règne de Gates vit aussi la transition des turboréacteurs vers les turbosoufflantes qui offraient un bien meilleur rendement. La Série 20 était propulsée par le moteur General Electric CJ-610, un turboréacteur à attelage simple léger et puissant, dérivé du moteur militaire J-85. Le CJ-610 donnait à la Série 20 une vitesse ascensionnelle et une altitude de croisières élevées. Par contre, ce moteur était très avide de carburant et plutôt bruyant. La crise du pétrole de 1973 sonna le glas de ce moteur, bientôt remplacé par la nouvelle turbosoufflante Garrett TFE- 731, moins énergivore, moins bruyante et moins polluante.
Les Learjets équipés de ce nouveau moteur devinrent la Série 30, offrant en plus une autre rangée de sièges supplémentaires. Les Modèles 35 et 36 furent dévoilés en 1973.
Jusqu'à la fin des années 1970, la Série 20 continuait à se vendre car malgré ses défauts, bien des clients lui préféraient ses meilleures performances et sa simplicité. En août 1977, une aile d'un dessin nouveau vit le jour chez Gates Learjet. Au lieu des réservoirs caractéristiques, cette aile présentait des bouts relevés à la verticale, rappelant les cornes d'un taureau. Cette nouvelle forme aérodynamique, aujourd'hui connue sous le nom de « dérive marginale », réduisait substantiellement la trainée induite, augmentant ainsi les performances et surtout la distance franchissable de l'appareil. Le nouvel avion ainsi équipé fut nommé Modèle 28. Il représentait le summum du développement d'un avion civil équipé de turboréacteurs à simple flux.
Vers la fin des années 1970, la demande pour les modèles à turbosoufflante devint si forte que la Série 20 fut abandonnée au profit de la Série 30. Vers la fin des années 1980, de nombreux aéroports urbains interdisaient l'accès aux avions comme ceux de la Série 20 à cause du bruit. Aujourd'hui, quelques exemplaires restent en service à travers le monde dont plusieurs dans des localités de haute altitude.
Pendant les années 1980, le développement de la famille se poursuivit avec le Modèle 55 qui possédait un fuselage de plus fort diamètre permettant aux passagers de se tenir debout. A la fin de la décennie, la compagnie Learjet avait changé de main plusieurs fois pour finalement être intégrée à la société canadienne Bombardier Aéronautique de Montréal, qui devint ainsi le troisième avionneur mondial.
Sous la gouverne de Bombardier, la Série 40 vit le jour avec le Modèle 45, un avion technologiquement avancé, performant, spacieux et entièrement conçu par ordinateur. La longévité de cette famille d'avions et l'engagement de ses propriétaires actuels est un témoignage éloquent de la vision que possédait Bill Lear qui changea pour toujours la façon avec laquelle voyagent les gens d'affaires.












